¤ ¤ ¤ Ppopeye ¤ ¤ ¤

Mélouche crie...Caprice de récente chevalière : j'ai malheureusement l'impression que cet affligeant verdict n'est que la triste réalité...Jamais je n'aurais dû la nommer comme telle. Enfin le temps n'est pas vraiment aux élucubrations, les faits sont là : Melwen crie et il faut bien essayer de calmer la situation. Ce qui est finalement bien avec elle (dans ce genre de situations en tout cas), c'est qu'elle reste malgré tout assez naïve et il est tout à fait dans le domaine du possible de la convaincre de certaines choses la calmant.
Mais voila, les choses sont cette fois-ci différentes ; bien que ce soit un véritable caprice dont il est question, Melwen ne semble pas vraiment disposé à abandonner son projet, véritable utopie... En tout cas, c'est ce que m'affirme mon côté froussard (oui, c'est bien celui qui m'a déjà sauvé la vie maintes fois). Après avoir essayé de comprendre le comment du pourquoi de la situation actuelle et après avoir donc compris que Melwen avait été piquée au vif par les membres de la petite, modeste, dérisoire, faible, médiocre, insignifiante et déjà défaillante mais non moins fameuse UMC, soit l'association de toutes les personnes n'ayant pas le ressort nécessaire à la fréquentation daturienne, je me suis dit que, finalement, il en allait de l'honneur de la Datura...
Terrible dilemme à nouveau (ma vie de super héros schizophrène en est remplie), sauver sa peau ou combattre pour maintenir la Datura au-dessus de la mêlée. Toutes facettes furent alors surprises de voir que le combat allait être mon premier choix, après avoir tout de même essayer de convaincre par l'une ou l'autre phrases persuasive telles que "sont bien nos roulottes" ou "on n'est pas assez nombreux", en effet, ne me croyez pas tout à coup devenu téméraire dans l'âme.
Autre problème, il faut faire ça immédiatement, sous peine de voir des flèches décochées dans tous les sens (autrement dit, un autre risque pour nos vies). Nous sommes alors six et un (s'ma logique, comprenne qui voudra) ainsi que Maurice, c'est fort peu pour s'attaquer à trois gardes bâtis comme des ours et qui, paraît-il, auraient une épée magique.
La forteresse de Gonk serait notre objectif, les dégrés de motivation sont plus que divers mais chacun semble être prêt à aider El Datoura à prendre ce bastion, éventuel futur marque de notre toute puissance. Seul Arkanjello, fatigué de péripéties récentes, décida de ne pas prendre part l'aventure...On voulait bien le comprendre mais en attendant, nous n'étions plus que cinq et un...
Melwen n'en pouvait plus, impatiente à souhait, elle voulait partir de suite à la forteresse. Il n'y eut pas six personnes qui s'en allèrent en direction de la maisonette de Gonk mais seulement cinq. En effet, je restais un moment chez Andy...Le temps d'acheter de quoi survivre et surtout pour les faire attendre, juste un peu, me laisser désirer pour pouvoir arriver en héros devant la forteresse, comme ouvreur des portes de la gloire (carrément, oui) : le pied intégral.


(Attention, nous entrons dans le vif du sujet et il est plus probable que certains faits soient éxagérés, amplifiés et plus romancés qu'ils ne devraient l'être en raison de ma nature de super héros -oui, encore elle- qui me pousse à me placer au-dessus des autres. Certains appelleront ça de la prétention, mais ceux-là ne comprennent rien à l'héroïsme -et pourtant il se peut fortement qu'ils aient entièrement raison. Mais sachez toutefois qu'il est normal pour un super héros de vouloir vanter ses mérites)


Nous étions au pied du mur (au sens propre comme au figuré). Une fois les portes franchies, le premier obstacle se dressa devant nous : un garde, véritable colosse, merveille de grandeur, prodige de la nature ! On pouvait le dire, j'avais la trouille comme jamais je ne l'ai eue. A raison dirais-je même...En effet, après à peine cinq minutes passées à essayer de blesser tant bien que mal ce garde, je reçus un coup sur la tête et puis...noir. Ce coup brutal du garde fut cependant précédé d'un coup de génie : un Exilois qui nous espionnait fut attrapé et en un éclait, Mélouche eut l'idée de l'utiliser comme bloque-épée, ce fut magistral jusqu'à ce que le garde ne déverse sa rage sur moi après avoir réussi à se dépétrer de l'Exilois (qui n'eut que ce qu'il méritait, c'est un Exilois après tout). C'était donc finalement mal parti, le super héros de la bande semblait déjà hors service. Mais voila, la magie héroïque agit, prouvant ainsi à chaque personne dubitative par rapport à toutes ces légendes (qui n'en sont finalement pas) que je faisais bel et bien parti de cette élite humaine : les super héros. Je me réveillais donc, à Merulik...Loin du combat, certes, mais toujours apte à conquérir l'impossible. Je revins donc, la démarche triomphante (pourtant, c'était pas gagné) dans la salle du colosse. Personne ne se retourna, comme si mon retour n'était que normalité banale et la barrière humaine fut franchie. Sans trop attendre, la deuxième porte fut franchie et là...coordination parfaite, entraide, courage, force, héroïsme, vaillance...Tout y était, nous n'étions que cinq et un et pourtant, tout semblait facile, comme si nous avions une armée à notre disposition...Les deux derniers gardes moururent au terme de ce combat mené en une symbiose absolue par les demi-dieux que nous devînmes (n'utilisons pas d'euphémismes).

¤ ¤ ¤ AcePortgas ¤ ¤ ¤

Une nuit tranquille se présentait. Un repas au calme dans une auberge, des viandes séchées à apprécier et un vin à délecter. Tout semblait allait pour le mieux. Ce n'était sans compter sur l'arrivée de certain.

Bonsoir Ack, qu'est qui se passe encore?

Après quelques explications de la part de l'archer, le visage du mage était devenu blême. Il avait peur d'avoir compris ce qu'était venu faire son ami. Le scepticisme était le sentiment qui le caractérisait pour le moment. Ainsi une certaine réticence se faisait pour qu'il se joigne au projet. Le mage prit une grande inspiration avant de commencer.

Laisse-moi donc récapituler les faits. Tu veux qu'on aide Melwen à prendre une forteresse. Déjà, elle n'est pas royaliste ? Quoi, elle a rejoint la Datura … Enfin cela ne change en rien aux choses, ça. Pourquoi je devrais céder à un caprice de cette fille? Qui plus est, je préférais l'abattre que de l'aider, et elle doit sûrement penser la même chose. Enfin, je peux peut-être passer ce détail, je pourrais me défendre au pire des cas. Quels sont les autres renforts ?

A ce moment là, le mage prit un air encore plus ahuri et faillit éclater en rire.

Tu veux dire qu'on serait en tout et pour tout, cinq ? La royaliste, enfin ancienne, Pop, Bryan, toi et moi ? Ce n'est pas très convaincant tout ça. Tu crois réellement que deux archers, avec un mage de pacotille et deux semblants de guerriers peuvent faire tomber une forteresse ? Encore si c'était une roulotte, je pourrais comprendre, mais là, ça ne va pas être de la tarte. En plus, c'est bien protégé ces petits baraquements. M'enfin, tu dois le savoir, tu y passes tes journées.

Et puis, elle se trouve où ce satané de fort ? Quoi chez Gonk, mais ça fait beaucoup de lieues à parcourir ça. Tu sais avec mes petites jambes, je risquerais de vous retarder et mes frappes ne vous serviront pas à grand-chose. Hein, quoi que je ramène mes jambes là bas pour prendre les coups. En même temps, au premier coup, je rejoindrai sûrement notre ami commun. Quoi, je cherche des excuses pour cacher ma peur ? Allons donc, je dirais plutôt que j'essaye de faire passer un peu de raison dans votre folie. Mais, je pense que je parle en vain.

Bon allez, partez devant, je vous rejoins, de toute façon, je crois qu'il n'y avait même pas de discussions possibles.


Le mage pensait qu'il valait mieux prévenir que guérir, il regardait ainsi donc sa besace : deux fioles de cervoises, deux potions d'énergie et une quarantaine de potions de vies. Cela n'était guère suffisant pour faire quoi que ce soit, il passa donc faire un tour chez le banquier pour retirer ses dernières économies et acheter le nécessaire. Tout cela ne l'empêchait pas de ronchonner tout le long du trajet. Une fois arrivé devant la forteresse de Gonk, une question le préoccupa.

Au fait, elle appartient à qui cette forteresse ? Ah, Le cercle, enfin une bonne nouvelle dans tout ce que vous dites. Et puis, ils font quoi ces deux là ? On peut les bruler en guise de commencement ? Quoi, non? Ce sont des prisonniers ? Depuis quand, on fait des prisonniers maintenant …

Et puis, je pourrais taper Melwen, je sais qu'elle appréciera. C'est bon, c'est pour rire, Ack, tu n'as pas besoin de me jeter ce regard. Qu'est ce qu'on attend au fait? Ah, Pop n'est pas descendu de son lit. On va attendre un petit moment alors.

Et puis, il vient d'où ce caprice ? Quoi de l'Union Militaire Cartelloise ? C'est quoi encore cette faction ? On est censé la connaître ? Et c'est pour des broutilles pareilles qu'on va risquer nos vies? Bon appelez moi, quand l'autre arrivera.

Même pas besoin de l'attendre vu qu'il est là à présent.

A l'attaque!

Autant y aller de bon cœur si je participe à cette tentative d'invasion.

¤ ¤ ¤ Bryan ¤ ¤ ¤

« BrrrrRrrr... Fait pas chaud ici... »

Comme souvent, ces périodes de flemmardise à la taverne avaient eu un effet inattendu sur mon corps divin. Des engelures, un coeur au ralenti, le teint blême. Une horreur quoi. Mais on ne devinera jamais ce que nous réserve la rencontre de personnes délicates et fines. J'parle pas de habitants du coin bien sûr ! Des masques naturels, qui rendent la peau douce comme celle d'un poupon, des perruques en poils de gnou du plus bel effet, des herbes pour soulager ma digestion (un poil difficile ces derniers temps), etc. De quoi préserver sa santé en fin de compte.

Je venais à peine de me réveiller, qu'on toqua à ma porte. Et celle-ci ouverte, je me retrouvais à terre.

« Hiiiii ! Mes habits !! »

J'ai poussé vite fait ce qui m'avait sauté dessus, pour faire un état des lieux. Ouf ! Juste un peu de poussière sur les manches ! J'avais évité le pire, mais j'allais corriger comme il se fallait l'importun qui m'avait salit.

« Nan mais ça va pas la tête ?! T'es qui toi pour oser perturber ma personne ?! »

Je me suis abstenu de faire d'autres commentaires en dévisageant l'inconnu. C'était Melwen. La p'tite archère qu'avait fait du chantage à mon baron adoré pour devenir chevalière.

« Ah ? C'est toi ? »

« J'veux une forteresse Braillaneuh ! »

« Hein ? Tu veux surtout dire bonjour ouais ! »

« Bonjoureuh... Braillaneuh... »

« Voilà, c'est déjà mieux ! Et pourquoi tu veux une forteresse toi ? C'est pas mieux l'auberge ? En plus, j'ai entendu dire qu'il y avait des monstres qui traînaient dans ces machins là... Pas que j'en ai peur hein ! Mais J'aime dormir tranquille... et me réveiller tranquille aussi, si tu vois ce que je veux dire... »

Je pensais que c'était plié, qu'elle irait pas insister, mais non. Elle me fixa avec des yeux de caniche royal en mal d'affection. Autant dire quelque chose que je ne pouvais supporter. C'est que c'est trop attendrissant un caniche royal en détresse, c'est un des rares canidés à avoir du goût. Alors j'ai craqué bien évidemment. Je l'ai prise dans mes bras, et j'ai versé ma p'tite larme.

« Allons, allons, c'est fini, tu vas l'avoir ta forteresse ! Tu veux faire ça quand ? »

« Ce soir ! J'la veux ce soir ! »

« Ca va t'es pas exigente toi ! J'espérais qu'on avait encore un semblant d'organisation, mais vous êtes tous des fous à la Datura ! »

« Ben quoi ? »

« Nan mais t'as raison après tout, autant passer cette étape inutile... On va où ? »

« Près de la hutte de Gonk ! »

« HaAaAAaaaan... Mais c'est loOoOOooin ça ! J'vais encore abîmer mes chaussures à marcher comme ça moi ! Pfff... »

Melwen n'avait même pas entendu ma complainte, elle était déjà partie pour réunir d'autres courag... euh d'autres personnes pour tenter ce coup. J'ai vérifié ma mèche magique, elle avait de l'allure comme toujours, et elle m'aiderait sûrement ce soir. Je n'avais rien d'autre à prendre avec moi, à part ce sac de cham's. Quelques dizaines qui devaient m'empêcher toute mauvaise suprise une fois sur les lieux du drame.

Bref, je suis sorti de l'auberge, prêt à affronter l'horreur du monde extérieur. Je ne sais pas pourquoi, je me suis senti comme un de ces aventuriers, qui bravent le danger chaque jour, et récoltent gloire et cicatrices. Je me suis senti fort. Invincible. Le vent faisait chanter ma chevelure comme jamais. Une magnifique mélodie que j'écoutais avec plaisir. Il était temps de montrer la valeur de la Datura !

Melwen était déjà là quand je suis arrivé devant l'imposante entrée du château. Nous avons attendu que l'équipe soit au complet, et nous avons pris d'assaut le monstre.

Mon étoffe guerrière ne m'a pas permis de passer parmi les premiers malheureusement. Mes compagnons étaient tous ivres de combats et de sang, et m'ont bousculé comme des malpropres ! Lorsque j'ai pénétré dans la première pièce, ils étaient déjà en train de frapper ce pauvre garde. Ils ne lui laissaient presque pas le temps de se défendre ! J'aurais vomi devant un tel comportement si j'avais de l'honneur, mais je me suis contenté de me rappocher et donner quelques coups d'épée.

Et on voit dans ces moments là, lesquels sont dignes de porter une arme et s'en servir habilement. Le premier garde était à terre, et tous étaient déjà recouverts de sang, de blessures en tout genre. Ils s'étaient même plaints de recevoir trop de coups ! Aaah quelle plaisanterie... On m'avait dit tant de choses sur ces gardes pourtant... Mais je n'avais reçu aucun coup. Je les avais évités, je les avais détournés. J'étais invincible. J'étais beau.

Dans la seconde salle, deux nouveaux gardes. Similaires au premier. Autant dire que c'étaient des brutes sans jugeotte. J'ai une nouvelle fois dû m'incliner devant la rapidité de mes camarades de jeu. Mais le traîtement fût le même. A une exception près. J'ai pu goûter à quelques coups, ma foi bien faibles.

Enfin. Nous étions dans l'anti-chambre de la gloire. Un vieillard en piteux état se démenait avec sa plume et ses lunettes pour nous donner la garde de cette forteresse. Les autres étaient partis je ne sais où. Il ne restait que les Daturiens : Ppopeye, nore baron, Melwen, notre archère, et moi. A attendre que les lits et le ménage soient faits. Un calvaire. Je déteste attendre.

Mais quand les portes nous furent enfin grandes ouvertes, je ne pouvais qu'admirer la décoration de nos chambres. Mais comment se faisait-il que nous n'ayons pas eu de château comme celui-ci auparavant ?!

« On dirait que tu l'as eu ta forteresse finalement... »

Nous étions tous fatigués, et nous sombrâmes dans le sommeil en un rien de temps. J'ai eu une pensée pourtant pour ces aventuriers, qui bravent chaque jour le danger, et récoltent gloire et cicatrices.

« Qu'est-ce que c'est ennuyant d'être un aventurier oh lalaaaa... »

¤ ¤ ¤ Ppopeye ¤ ¤ ¤

Aussi improbable que cela puisse paraître, nous avons conquis cette fabuleuse forteresse. Le troisième et dernier garde venait d'être tué...

- On fait quoi maintenant ?

- Bin tu vas parler au scribe...

- Euh s'qui le scribe ? C'est le nain ?!

Pourquoi le nain ? Je ne le sais toujours pas, mais c'est celui qui avait le plus une tête de scribe...Reste que j'avais un peu de mal à comprendre ce qu'un nain pouvait faire.

- Nan, derrière la porte...

Je m'approchai à pas de velours de la porte et la poussai tout doucement afin d'être le plus discret possible, le scribe pouvait être violent...Hélas, l'effet fut gâché par le grincement de la porte (pourraient au moins réparer quand il y a de nouveaux arrivants). Là, les yeux grands ouverts, bien posé sur mes appuis, main sur la dague, je m'apprêtai à bondir au cas où le fameux scribe n'accepterait pas les colonisateurs (donc moi en premier lieu). Rien de tout cela, le vieux (oui, il est vieux le scribe) ne broncha pas, blasé apparemment de voir régulièrement de nouveaux arrivants...Puis, il tourna la tête, m'examina un instant et ensuite...

- Z'êtes qui vous ?

Son statut lui monte à la tête, l'est acrimonieux le vieux...

- El magicos Datoura ! Pouvez être gentils aussi, s'pas de notre faute si vos gardes sont mauvais...

Devant sa perplexité, je me forçai à ajouter, avec désarrois :

- Enfin La Datura je veux dire...

Il restait planté là à me regarder. J'attendais donc...Sifflotant, m'appuyant sur une jambe puis sur l'autre, regardant le plafond, lâchant quelques petits "C'est beau ici" en lui montrant du doigt ce dont je parlais. Mais rien à faire, il restait stoïque. Au bout d'un moment...

- Vous avez un torticollis ?

- Hein ? Quoi ?

Il me toisa à nouveau du regard...

- Z'êtes qui vous ?

Foutu scribe...Il s'était endormi le bougre et apparemment, en plus d'être acrimonieux, il était atteint de narcolepsie et il perdait la mémoire...

- La Datura j'vous ai dit. Et j'ai faim.

J'espérais que cette dernière réflexion ferait avancer les choses...Et là, surprise, il ouvrit grand les yeux et ceux-ci s'illuminèrent, il me déballa alors ce que je devinai être son discours d'acceuil (ce qu'il pouvait faire de plus chaleureux), il déballait tout par coeur, pas une interruption, pas un battement de paupières, il était dans son élément.

- blablabla nouveaux propriétaires blablabla lits blabla manger blabla remplir les papiers blabla

J'avais un peu de mal à rester attentif et j'avais vraiment faim en plus...Et là, il me lança SA phrase, celle qu'il aimait par dessus tout dire, ça se voyait, ses yeux brillaient, lorsque chacun croyait pouvoir aller manger ou dormir, lorsque les organismes étaient à bout après avoir lutté d'une part contre les gardes et d'autre part contre lui, il vous assassinait avec son :

- Revenez me voir plus tard, il faut que je remplisse les papiers.

La colère monta...L'explosion était proche, dur de rester calme avec un énergumène pareil...Je fis volte-face et lui tournai le dos, geste effectué avec classe, toujours, ce petit déhanchement juste au moment où les semelles glissent sur le sol, sans un bruit, tout en tenant le bout de mon chapeau par le pouce et l'index droits, chapeau légèrement baissé, voilant les yeux et ombrageant légèrement le visage ; c'est ça aussi être un super héros. J'allais prévenir les autres qu'il faudrait attendre le vieux...En arrivant dans l'autre pièce, j'entendai :

- Je suis zuneuh princesseuh Je suis zuneuh princesseuh Je suis zuneuh princesseuh

Je dus presque crier pour qu'on m'entende...

- Bon, faut attendre que le vieux remplisse les papiers...Merci les z'insoumis, vous êtes presque les meilleurs.

Au revoir's presque déchirants, il fallait les laisser partir, s'pas à eux la forteresse.
A trois -Bryan, Mélouche et moi- nous entrâmes donc dans la pièce du scribe.

- S'bon Môsieur le scribe ? Vous avez eu assez de temps pour écrire nos trois noms ?

- Non, laissez en moi plus

- Il tremble, s'pour ça qu'il écrit pas vite.

Le parfait vieux repoussant...Métier emmerdant, acrimonieux, tout frippé, il tremble, narcoleptique et amnésique...

- Faites attention, Ppopeye, c'est avec deux "P". Et dans profession, notez bien "super héros".

Il grommela quelque chose d'incompréhensible et retourna ensuite à son "travail".
Après 25 minutes à lutter contre la faim et l'ennui et à dire à Mélouche d'arrêter de chanter, le scribe nous appela...

- C'est bon, vous pouvez entrer

Rapide coup d'oeil au livre du scribe...Je l'aurais parié, un ? à côté de "profession". Le torchon brûlait déjà entre nous deux, la lutte d'influence faisait rage. Se considérait-il lui-même comme un héros ? Estimait-il pour aucune raison valable que je n'avais pas droit à ce statut ? En tous les cas, sa prétention sans limite ne faisait que renforcer la considérable répugnance que j'éprouvais pour cet être déjà périmé, proche de la décomposition mentale. Qu'il disparaisse et nous laisse notre chateau.
J'entrai à la suite de mes compères daturien dans la salle privée et là...Stupéfaction. Nous restions bouche-bée devant cette splendeur. Jamais nous n'avions rien vu d'aussi luxueux, même si les roulottes sont pas mal. Melwen devint inarrêtable et commença à sauter partout...
Mais le véritable sacre n'eut lieu que plus tard, lorsque fut gravé sur le sol "DATURA". C'est à partir de ce moment-là que toute l'ampleur de l'exploit fut réalisée. Cette forteresse était à nous et elle le serait à jamais. Elle restera pour toujours le signe de la puissance daturienne, la réponse à l'Union des Moisissures Cartelloises et la loge du dernier super héros encore en vie.


On ne provoque pas la Datura, nanmého !


FIN