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"Un objet rarissime qu'il a dit. Il a dit que je pouvais le trouver dedans la forêt. Derrière le gros chène y'aura un caillou et là c'est à droite, je marche jusqu'à la clairière, et pis au milieu une grotte qu'il a dit. Et devant la grotte y'aura encore des cailloux, si je soulève le bon, j'ai l'objet rarissime, si je soulève le mauvais, j'me fais bouffer par la maman des tits gobelins, qu'il a dit."

Dame Gordula cherchait depuis un moment le gros chène avec le caillou derrière dans la forêt. Elle se répétait sans cesse les instructions de Jeetho pour être sûre de ne pas oublier.

"Un objet, une racine qu'il a dit. Il a dit que trouverais deux dents de furet. Derrière une grosse chaîne y'aura un caillou et je dois lacer adroitement mes chausses. Je marche jusqu'à la claire rivière et pis un mile 'core, y'a des crottes qu'il a dit. Et avec les crottes, y'aura encore des cailloux, si ça sent bon, je ramasse la racine, si ça sent mauvais, je me fais à bouffer comme maman dans les tits gobelets qu'il a dit. Si ça s'trouve on aura piqué les gobelets..."

Un petit animal qu'elle avait surpris en marchant couru se réfugier alors dans un buisson. Animal... Furet... Elle était sur le bon chemin ! Elle se mis en quête alors de suivre l'animal jusqu'à sa tanière pour lui arracher ses dents. Guidée par les ondulations des herbes hautes, jupe remontée et massue à la main, elle courait après le pauvre animal se demandant encore comment elle allait éviter de broyer ses dents, ça semblait compliqué.
Ca y est le terrier. Etait-ce bien un furet ? Peu importe, il était dans les fourrés, c'était bien ça qu'il avait dit ? "les deux dents de l'animal du fourré" Oui c'était ça. Suivant un éclair de génie, la gentille mamie lacha sa massue et saisit sa hâche de bucheronne. Décapité. Les dents était intactes ! Elle ramassa les deux dents du lapin et réfléchit à voix haute.

"Un crochet... Qu'est-ce que je dois faire avec déjà ? Ca a un rapport avec un caillou. Est-ce que j'ai un crochet ? Je vais en fabriquer en taillant les dents avec le caillou bien sûr ! Je dois le faire assez adroitement mais grossier, si je me souviens bien. Ensuite je marche, c'est la clé vieille, non c'est lui qui m'a appelé vieille, j'ai la clé et le pain d'écorce, je dois me décrotter qu'il a dit. Y'aura des cailloux, encore, ça sentira fort et je dois cuisiner des racines dans des gobelets."

Alors qu'elle faisait sauter des petits éclats d'émail sur le sol grâce à son caillou, que les dents de lapins prenaient, très lentement, la forme de crochet, la nuit tombait sur la forêt, et la faim commençait à harceler le ventre de la vieille dame. Ses gargouillements étaient si forts qu'ils faisaient trembler sa main ! Elle décida finalement qu'il était temps d'être raisonnable et de remettre son travail au lendemain, elle n'avait que deux dents à tailler, elle ne voulait pas prendre le risque de les gâcher.
Elle alluma un feu, fit cuire au dessus la chair tendre du lapin ainsi que chauffer de l'eau pour sa tisane au plantes un peu magiques de Dame Roberte qui lui permettait chaque jour de rajeunir et devenir plus forte.

[...]

Un bruit dans la nuit la réveilla. Non plusieurs bruits. Quelqu'un avait trébuché sur elle et jurait en lui foutant des coups de pieds. Au cas où, elle préféra imiter le cri d'un animal pour ne pas se faire tuer. C'est grâce à son habilité pour se camoufler et son sens de la fuite au bon moment qu'elle avait survécu tant d'années après tout.

"Miaouaf !
- Roooiiiirrrrrkkkk... CHPEUH ! Vieille bouseuse !"

Elle sentit le glaviot couler le long de son front jusqu'à son oreille, et les coups de pieds lui ayant retourné le ventre, elle se vomit un peu dessus, mais elle n'avait pas le temps de se nettoyer, sa mission prenait une autre tournure. Comme Jeetho l'avais dit, on l'appellerait vieille quand y'aurait plein d'écorce, et au milieu de la forêt il y avait plein d'écorce.

"Discrêtement qu'il a dit. Derrière les cailloux même si j'ai des cors. Je dois me sentir forte, je dois suivre, pister des rats si une dent je-sais-plus-quoi dégobiller qu'il a dit."

TOUT DEVENAIT CLAIR. En fait les rats c'était une image pour quelqu'un qui agressait une personne dans son sommeil, ce qui était le cas, en plus elle avait bien dégobillé. Elle suivit donc le plus discrêtement possible l'inconnu, se cachant comme elle pouvait derrière les cailloux, et c'est ainsi qu'au petit jour elle parvint au campement du souffle d'Eolia qui s'éveillait doucement. Sentant qu'elle ne pourrait plus rester discrête longtemps si les cailloux ne grandissaient pas, elle pris la grave décision de transgresser les instructions qu'elle avait reçu et de se cacher autrement en rampant sous une charette de provisions qui venait d'arriver par la route et de s'arrêter devant une bicoque en bois.